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  SAMEDI 15 FEVRIER 2014
   
                    

En route pour une nouvelle saison de marches à Oermingen....

Ce samedi matin 15 février, au départ de Strasbourg, alors que le soleil d'hiver n'est pas encore levé, 5 accompagnateurs quittent Strasbourg pour rejoindre Oermingen. 2 nouveaux accompagnateurs ont rejoint notre groupe. Le trajet jusqu'à Oermingen est l'occasion de faire davantage connaissance, de raconter Declic et d'évoquer certains souvenirs.

Après un petit détour à la boulangerie, car notre café du matin agrémenté de petits pains est un moment important de convivialité entre accompagnateurs et marcheurs pour débuter la route, nous arrivons sur le parking du centre de détention d'Oermingen.

L'équipe des accompagnateurs est désormais au complet, prête à accueillir les marcheurs, parmi lesquelles également 4 nouvelles personnes. Deux d'entre nous entrent donc dans la prison, avec personnellement toujours une impression de malaise quand je franchis ces grilles, mais surtout le plaisir de retrouver nos anciens et de découvrir nos nouveaux compagnons de chemins.

Une fois les formalités remplies, les nouveaux prénoms échangés, nous quittons le poste de garde, chargés de notre déjeuner préparé avec soin par B. et ses acolytes. Nous rejoignons les autres accompagnateurs. Quelques poignées de mains et chacun se répartit dans une voiture, direction le point de départ de notre marche, près de la Petite Pierre.

Le ciel est chargé de nuages, mais il n'entache pas les premiers échanges autour du choix des chaussures de marche, des capes de pluie et du réglage des bâtons. Nous voilà tous parés pour entamer cette marche d'une dizaine de kilomètres, dans la forêt, au coeur de cette nature qui sait si bien apaiser l'Homme.

Nous marchons quelques mètres et choisissons un endroit au début de la forêt pour présenter Declic aux nouveaux marcheurs et prendre ce temps de début de journée pour poser certaines règles de la vie de groupe. Les nouveaux marcheurs ne connaissent pas véritablement Declic. Nous racontons le projet, les expériences vécues, d'autres marcheurs témoignent de leur parcours avec Declic.

Cette fois-ci, c'est le véritable départ, sous les arbres, sur les chemins boueux d'hiver. Les petits groupes se forment, au gré du rythme de chacun. Marcheurs et accompagnateurs font plus ample connaissance. Ils nous parlent de leurs familles, de leur projet professionnel, de la sortie plus ou moins lointaine, de leur métier....Les nouveaux marcheurs apprivoisent, restent parfois discrets dans les paroles. Il faut le temps qu''un lien de confiance puisse se tisser.

Certains savourent ce goût d'être à nouveau dehors, avec une perspective si grande sur la nature qui nous enveloppe, sans murs, ni grilles...juste un peu de liberté pour une journée.

La pluie s'invite dans notre marche, mais ne nous empêche pas de poursuivre. Nous passons devant quelques petites maisons perdues, reculées, loin de tout et qui en font rêver certains...un après-prison loin du tumulte, du bruit ? Un retour aux sources ? Une envie de se couper peut-être, de se ressourcer ?

La marche se poursuit, les pentes apparaissent, il faut réguler ses pas et son souffle, surtout sous une pluie qui se fait de plus en plus battante....Malgré les difficultés de certains, pour lesquels la marche demande davantage d'effort, la solidarité habituelle se remet en place....entre marcheurs....L'esprit du groupe qui marche ensemble, malgré les différences, semble avoir trouvé sa place entre toutes ces personnes qui se rencontrent aujourd'hui.

Arrive l'heure du déjeuner. Nous sommes toujours sous la pluie, aucun endroit pour s'abriter. Juste un banc pour que certains puissent s'asseoir. D'autres se réfugient sous un grand arbre pour déguster ces « si toujours bons sandwichs ». Là encore, quelques plaisanteries alimentent l'ambiance pluvieuse autour de ce moment convivial qu'est le partage d'un déjeuner. Nous décidons très vite de nous remettre en route, direction le Rocher des païens.

Arrivés devant ce très bel endroit, avec une avancée de roche pour nous abriter, nous décidons d'improviser un feu pour nous sécher et prendre notre dessert. En effet, les bonnes volontés se mettent elles aussi en marche pour ramasser bois et organiser ce foyer. Très vite, un cercle se forme, nous pouvons sécher nos pulls, nos chaussettes, nos chaussures et admirer les flammes, leur crépitement. Nous apprécions la chaleur. Ce spectacle délie les langues sur cette joie d'être dans le moment présent, loin du milieu carcéral et en même temps laisse place à ses silences qui évoquent l'esprit et la pensée libres. Nous avons du mal à quitter cet endroit. Il y fait bon et personne ne songe au retour.

Nous nous remettons néanmoins en route, toujours sous la pluie, heureux d'avoir partagé ce moment spécial, au coin du feu, sous le rocher des Païens.

Le retour au centre de détention reste toujours lourd, car la journée se termine. La réalité reprend ses quartiers, mais on peut déjà penser à la prochaine marche.

Se projeter est si important, quand l'extérieur paraît loin. Cette journée a permis d'oublier pour quelques heures leur condition de personne détenue, privée de liberté et éloignée de leur famille.

Nous nous saluons vers 16h30. Nous autres accompagnateurs, recevons avec humilité ces remerciements pour une journée « d'évasion » qui a offert une grande bouffé d'oxygène et peut être un brin d'ailleurs.

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